La Minute Blond

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Douze âme en galère

Publié par Clément sur 4 Juin 2014, 18:06pm

Catégories : #Deux Jours Une Nuit, #Frères Dardenne, #drame, #France, #2014, #Cannes, #Marion Cotillard, #Fabrizio Rongione, #Film d'auteur

Douze âme en galère

Il est question aujourd’hui du dernier film des frères Jean-Pierre et Luc Dardenne, qui après avoir été palmés par deux fois au Festival de Cannes, avec Rosetta en 1999, puis L’Enfant en 2005, sont revenus sur la Croisette pour y présenter leur dernier bijou avec Marion Cotillard : Deux Jours, Une Nuit. Soit le précieux temps qu’il reste à Sandra pour convaincre ses collègues d’usine de renoncer à leur prime pour qu’elle puisse garder son travail. Un fait de société paraît-il… 

C'est donc le neuvième film déjà des bien-aimés frères Dardenne, tourné une fois de plus en Belgique, dans leur Liège natale comme théâtre de ce pseudo-chantage tortueux, qui de loin nous fait penser à 12 Hommes en Colère dans son sujet. Mis à part qu’ici, le contexte est tout autre, car ancré dans une réalité sociale où, en véritables petits canards du système, les plus faibles s’affrontent et font les frais de la loi du plus fort, dominée par le patronat.

Et de cette triste fresque se détache une Marion Cotillard à son meilleur, car époustouflante de fragilité et tremblante d’émotion histoire de prouver, encore une fois, l’énorme étendue de son talent ainsi que sa propension à s’abandonner dans un rôle pour les films d’auteur. A noter qu’ici l’actrice a dû travailler sur l’accent belge, qui n’est pas une mince affaire (une fois)… 

Douze âme en galère

Côté cadrage, on est dans du grand Dardenne : une seule caméra, que du plan-séquence, quasi-absence de champ-contre-champ, du travelling pour passer d’un visage à l’autre, un parfait usage du hors-champ, une fébrilité humaine dans le cadrage et un travail d’orfèvre sur la composition du cadre. Ici, rien n’est laissé au hasard et chaque plan est travaillé au diapason pour servir la force du propos avec une humanité évidente dans la réalisation.

Et puis il y a cette absence totale de musique comme pour souligner toute la gravité du récit, et dire au spectateur que c’est n’est pas seulement de la fiction, mais bel et bien le récit d’une réalité. Deux chansons demeurent cependant en intra-diégétique, "Gloria" de Van Morisson et "La nuit n’en finit plus" de Petula Clark, qui viennent éclaircir l’atmosphère quelque peu pesante du récit. Et puis enfin, pas de musique au générique. Que c’est ingénieux de laisser la place au silence dans la salle : Etonnement, réflexion, respect.

Ainsi donc, Deux Jours, Une Nuit transpire comme un film essentiel qui révèle notre impuissance face au système, mais qui nous force à relever la tête au travers d’un cinéma concret, qui va droit à l’essentiel et déclame son propos sans fioritures. Là est l’épiderme de leur cinéma, dans ce cadre à la puissance unique. Car là est et restera le meilleur des frères Dardenne.

Bonne semaine à tous, moi, je cinéphile ! ;-)

Note : 7/10

Douze âme en galère

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